La poésie

"La poésie est une histoire d'Amour adressée au monde"

                               Charlie Chaplin

C'est ici, dans ses poèmes, que l'enfant, puis l'adolescente et enfin la femme que je suis, aime se plonger. 

Triste Noël

 

C'est Noël aujourd'hui et tes yeux sont vides,

C'est le premier sans lui après son départ rapide,

Dans la voix des enfants il y a le bonheur,

La découverte des présents mais tout cela t'écoeure.

 

Le tien manque à l'appel, plus de lueur dans son regard,

Sous le sapin de Noël, tu cherches son nom ce soir,

Une larme sous ta joue tu ne peux retenir,

Tu te mets à pleurer tout à coup sans pouvoir le faire revenir.

 

Ton enfant à toi n'est plus des vôtres désormais,

La vie t'a offert ce qu'il y avait de plus laid,

Tu n'as même plus la joie de voir les autres se réjouir,

Et ce goût amer te donne envie de vomir.

Ton coeur de maman a fini de sourire,

Tu as perdu l'enfant que tu voulais chérir,

Le sentiment de haine qu'aujourd'hui tu déploies,

Même en cachant ta peine, tout le monde le voit.

 

On te comprend, on admire ta force face au destin,

Ta famille voudrait t'offrir ton petit chérubin,

Pourquoi tant d'injustice quand on ne fait rien de mal,

Derrière ton blush factice ton visage est si pâle.

 

On t'avait dit un jour que tu étais fille de Dieu,

Dieu t'a ôté l'amour de ce petit merveilleux,

Merveilleux fût ce jour où tu l'as mis au monde,

Monstrueux fût ce jour, suffisant d'une seconde.

 

Tu insultes l'église et ses propos si doux,

Que le prêtre le dise et tu lui sautes au cou,

"Notre père à tous l'a rappelé auprès de lui",

Mais le cri que tu pousses ne le fait pas changer d'avis.

 

Essaie d'être forte, laisse voler tes angoisses,

Derrière la grande porte il y a ces chemins que l'on trace,

L'arc-en-ciel qui un jour te conduira jusqu'à lui,

Tu le grimperas pour lui dire ta triste vie.

 

 

Décembre 1996

Fin de soirée

 

Je vais je fonce dans la nuit, je roule, roule sans y voir,

Je veux combattre l'insomnie, mais je m'enfonce dans le noir,

Il faut crever l'abcès sauvage qui me ronge depuis des mois,

C'est pas simple de tourner la page quand le destin ne le veut pas.

 

La route défile sous mes jantes, je n'ai pas peur de l'accident,

Ni la mort ni le mal ne me tourmentent, plus rien ne me parait très important,

Je vois venir la pente abrupte qui ne m'inquiète même pas,

Sans envie d'atteindre le moindre but, l'alcool brûlant remonte en moi.

 

Détendu dans mon siège, une abîme me tend les bras,

M'entraînant dans son piège sans aucune pitié pour moi,

Soudain le contact avec le bois, me fait tourner la tête,

On me secoue de haut en bas, serait-ce une tempête ?

 

Je me sentais abandonnique, n'espérant plus revoir personne, 

Bientôt la chambre d'une clinique et ses sirènes qui résonnent,

M'angoissent, me font pleurer de honte, surtout la voix disant "papa,

Pourquoi se prendre pour un fantôme, quand les arbres ne nous traversent pas ?"



Septembre 1996

Pastiche du poème "Assis sur un fagot" de Marc-Antoine Girard DE SAINT-AMANT (1594-1661)

 

Cul sur mon sac à dos 

 

Cul sur mon sac à dos, billet retour en main,

Repensant aux plaisirs que je m'en vais laisser,

Le regard dans ma bière, le moral ravagé,

Je comprends bien que tous, sommes toujours liés.

 

La gorgée fraîche qui tout à coup me parvient,

M'aide à avaler ma décision forcée,

Cette jolie salope ouvre un terrain miné,

Me permet de croire ce soir à un meilleur destin.

 

Alors qu'une ultime goutte reste à prendre,

Devant le monde entier le besoin d'étendre,

La peine que le flou enrage, perdue dorénavant :

Non, votre vérité ne sera pas ma chance,

Boire une bière en trinquant à la France

Car l'une s'évapore et l'autre m'est néant.

 


Octobre 2018

(Dés)enracinée

 

Qui d'autre que moi sait ce que ça signifie,

Les ailes d'acier arrachent les racines de ma vie, 

Mon moi s'endort là-bas, près des passes aux requins,

Chez toi c'est pas par là, tu t'y feras enfin !

 

J'ai déposé ma vie dans un café bien noir,

Mes envies de voyages, ma liberté chérie,

Le marc les a rongés jusqu'à en faire des cris,

M'éventrant lentement, me privant d'abreuvoir.



Octobre 2018